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La haie
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Entretenir les haies vives.
L'exemple du Haut bocage vendéen François de Beaulieu.
L'entretien des haies, nommé autrefois plessage, exigeait un
savoir-faire, semble-t-il bien oublié. Il faut remonter à 1934 pour
lire dans les "Usages locaux ayant force de loi dans le département
d'Ille-et- Vilaine" que le fermier "doit assurer le plessage de
toutes les haies vives", et Henri-François Buffet note en 1954,
dans son ouvrage "En Haute-Bretagne", que la pratique du plessage
avait été répandue vers Pléchâtel et Saint-Senoux.. Survit-elle
encore de manière isolée ?
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| Sans avoir pour l'instant de réponse, François de
Beaulieu nous propose de la découvrir là où elle se perpétue, dans
le Haut bocage vendéen. La géologie du bocage vendéen a engendré une
grande diversité de productions agricoles et l'impression s'impose
d'une totale maîtrise du paysage par les hommes. C'est dans l'entretien
des haies que s'affirmait le mieux cette maîtrise qui n'était pas
sans implications sociales. A partir de la Châtaigneraie, dans le
Haut bocage vendéen, on prend par Beaulieu et la Villonnière pour
rejoindre, sur la commune d'Antigny, les hameaux de la Girouardière
et de l'Egluère : c'est ici que doivent se dérouler les travaux traditionnels
d'entretien des haies. Travaux d'hiver, qui se feront cette année
dans une ambiance particulière puisqu'une dizaine de centimètres de
neige recouvre le sol. |

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Sur l'initiative d'un jeune ethnologue vendéen, Christian Hongrois,
le rendez-vous regroupe les ultimes praticiens du plissage et des
chercheurs en sciences humaines.
Pour les premiers, il ne s'agit pas vraiment d'une reconstitution
telle que celles, plus ou moins rigoureuses, qu'on organise autour
d'une vieille batteuse, mais d'une activité somme toute banale,
dans la mesure où ils n'ont jamais vraiment cessé de la pratiquer,
même si chaque année, le temps qu'ils y consacrent va diminuant.
Pour les seconds, il s'agit d'approfondir, par le biais de l'observation,
leur connaissance des problèmes liés à l'histoire des bocages. On
trouve ainsi deux archéologues, Anne Dietrich et ]ean-Yves Hunot,
spécialisés dans l'étude des bois et charbons; deux historiens de
l'agriculture, ]ean-René Trochet et François Sigaut; un spécialiste
des paysages de terrasses, Philippe Blanchemanche, et Christian
Perrein, auteur de remarquables travaux sur l'histoire végétale
des haies et des talus.
Des hommes et des haies
Il faut d'abord se représenter le labyrinthe des haies. Les ronces
(érondes), aubépines (épines blanches), ajoncs, fragons (feurgoneles),
prunelliers (épines noires) en constituent l'épaisseur, tandis que
les chênes (châgnes rouges ou blancs), frênes (fragnes), châtaigniers
et ormes (umès) les ponctuent de leurs formes plus massives. L'efficacité
du système, qui va assurer la contention du bétail et la protection
des cultures dépend d'un savant entretien : il faut mêler arbres
et arbustes pour qu'ils forment un réseau infranchissable.
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| C'est ici qui le terme de "haie vive" (boèssin} prend tout son
sens, car il s'agit bien de gérer un compromis entre le dynamisme
de la végétation et les besoins économiques qu'elle doit satisfaire.
Il faut aussi que les haies soient belles : elles précisent non seulement
les propriétés mais aussi l'habileté de leur "fabricant". Chacun peut
lire, au passage, les qualités et les défauts du voisin ou de l'épousable...
La règle selon laquelle "tout le bois doit être fait pour Mardi-Gras"
impose une organisation rigoureuse et le fagot mal fait vaudra à son
auteur la dérision d'un excrément posé au beau milieu. On comprend
mieux ainsi le soin apporté à chaque étape du travail, les amicales
moqueries ponctuant toute erreur et l'irremplaçable expérience, qui
transforme l'ethnologue le plus "participatif" en spectateur admiratif. |
Ce jet de frêne, trop gros pour être plissé,
est abattu pour être mis en fagots et rondins.
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| L'entretien des haies se fait dans le cadre d'une rotation de
cinq à sept ans qui n'exclut pas, bien sûr, les opérations ponctuelles
de réparation ou de plantation. Il faut donc une juste adéquation
entre le linéaire à entretenir, le temps et la main-d'oeuvre disponibles.
L'exiguïté des parcelles (quatorze champs et prés sur six hectares
d'une ferme d'Antigny) multiplie les haies, ce dont on ne saurait
se plaindre puisque c'est la seule source de bois de chauffage domestique
(et la monnaie d'échange privilégiée pour le pain du boulanger). |
Gérard Bailly et Raphaël Bouteiller tirent
en cadence le passe-partout ou godron.
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| Il s'agit d'un travail pénible qui remplit les journées
d'hiver puisqu'il faut disposer de cinq cents à mille fagots par an
selon l'importance de la ferme. L'équipement et l'outillage La taille
des haies, ou "paruchage", va fournir les fagots d'épines et constituer
la première partie des opérations. La blouse bleue boutonnée dans
le dos (devantao) est encore portée par quelques anciens pour divers
travaux. |
| Ici, elle est complétée par des guêtres (saunères) surmontant
les "sabarins" qui s'insèrent dans les sabots (bots). Les mains sont
particulièrement bien protégées; à droite: un "dessus de main" en
cuir souple couvre le pouce et les doigts, laissant la paume libre
de saisir les outils; à gauche: la "mitaine" en cuir épais permet
d'écarter les ronces en maniant la petite fourche en bois (fourch'tine):
au-dessus, le "coude" protège l'avant-bras. Le cordonnier du village
dispose de patrons nominatifs dans son échoppe. Les outils sont variés
car chacun a ses préférences, mais tous se ramènent à deux formes
: le "croissant" à long manche pour travailler en hauteur et les "serpes"
et croissants à manche court; la faucille (serpuse) intervient surtout
quand on coupe des pousses tendres au printemps... Une faux (le fauché)
à lame courte est parfois utilisée pour couper les ronces. Divers
accessoires figurent aussi dans la panoplie du parucheur : le porte-serpe
mis en pendentif sur la poitrine, l'enclumette, le marteau et la pierre
à aiguiser, la fourche à fagots, le râteau (ratè) avec lequel les
enfants ramassaient le petit bois (l'ébûchette). Aujourd'hui ce sont
les archéologues qui collecteront les résidus de la coupe, pour établir
des comparaisons avec ce qu'ils trouvent dans tel fossé du haut Moyen
Age ou dans tel habitat fossilisé. |
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Bouteiller travaille en véritable équilibriste
! La qualité de l'élagage des cèpes en forme de têtards demande
un savoir-faire qui ne s'acquiert qu'après plusieurs années de pratique.
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Quand on souhaitait abattre un arbre ou élaguer un têtard, on
utilisait aussi une échelle (échale), une cognée (tetrao) et un passe-partout
(godron). La virtuosité et le sens de l'équilibre de Raphaël Bouteiller
qui élague un têtard en quelques minutes en disent long sur les rendements
qu'on pouvait obtenir autrefois ! |
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Bien fagoter
Une taille bien faite à la serpe laissait un buisson plat et dense
où on pouvait "mettre du linge à sécher dessus" . On travaillait
généralement à deux, l'un coupant et taillant, l'autre formant les
fagots. Dans le brouillard matinal, on s'interpellait d'un champ
à l'autre : "M'entends-tu, m'entends-tu pas ?" - "I t'entends bé
mais i t'vois pas". Pour celui qui travaillait seul, c'était la
certitude rassurante d'être secouru en cas d'accident.
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Avec la serpe il rassemble les épines. Marcel
n'a pas oublié son chapeau car la légende voulait que, jeune homme,
on se distingue par une plume, une fleur ou un rameau joliment placé
sur le couvre-chef. |
| Pour réaliser un fagot d'épines, il faut d'abord préparer le
lien (rote), à partir d'une pousse d'environ un mètre cinquante de
long ébranchée à la serpe. Les plus prisées sont en chêne rouvre,
que l'on repère à ses feuilles flétries sur les branches. Le bout
le plus gros est maintenu sous le pied gauche tandis qu'on opère une
torsion vigoureuse avec les deux mains et que l'on forme une boucle
(l'oeil) près de l'extrémité la plus fine. Puis l'on passe la tête
dans la boucle pour maintenir la torsion jusqu'au moment du fagotage.
Quand on ne dispose pas de pousses assez longues, on tresse un rameau
fourchu avec un lien plus court. Le lien ouvert est posé au sol et
reçoit d'abord un bâton, qui donnera rigidité au dessous du fagot.
Puis les épines sont disposées de telle sorte que la boucle soit à
gauche de celui qui fait le fagot. |

Marcel Rousseau tord une jeune pousse de
chêne pour en faire une rote, un lien de fagot. |
| On place ensuite un second bâton par-dessus avant
de fermer le lien et de le serrer en s'aidant du genou et du pied.
Il reste à égaliser la tête du fagot à coups de serpe pour faciliter
son enfournement. On aligne les fagots par paquets de dix pour faciliter
la comptabilité. Le rythme normal de production est de sept fagots
à l'heure. |
Les paos (ici fraîchement confectionnés)
calaient les centaines de fagots que pouvait contenir une charretée.
La fourche à deux doigts est l'outil de circonstance.
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Secrets des haies
Le paruchage fournit bien d'autres sous-produits que le bois : "Il
y a tout dans le buisson" , déclare Gérard Bailly, qui sait ce que
parucher veut dire. Presque chaque plante cumule plusieurs usages
: pratique, médicinal, symbolique... Nous ne pourrons citer ici
que quelques exemples. Ainsi chacun savait tirer de la haie l'aiguillon
(aguien) du bouvier, les manches d'outils, les ombiers (anbllets)
des jougs, tous passés au four pour leur donner plus de résistance.
L'usage de la ronce pour faire des paniers (bourgnes) se rencontre
partout où il ya des ronces, mais il n'est pas courant qu'on utilise
comme ici les branches de genêts pour signaler les parcelles de
millet concédées aux nécessiteux. Quant à l'aubépine, d'abord on
apprécie le fait qu'elle ne drageonne pas pour marquer les limites
de propriété, mais on lui prête aussi des vertus plus secrètes,
comme d'empêcher les vipères de rentrer dans les maisons où elle
a été placée le premier jour de mai avant le lever du soleil. Mieux,
sans doute : si vous avez un panaris, découpez la motte de gazon
que vous venez de fouler et déposez-la sur une aubépine; le mal
sèchera avec la motte. Les haies étaient aussi le refuge de quelques
espèces animales plus ou moins comestibles : depuis les escargots
(lumas), particulièrement recherchés, jusqu'aux hérissons dont on
dit que certains les mangeaient pourvu qu'ils appartiennent à la
variété à nez de cochon et non à celle à nez de chien.
M.B.
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