Les fiches paysage

Bocage Haie

La prairie dans les paysages


Extraits du Colloque Agriculture Durable et Prairies organisé par l'Association Française pour la Production Fourragère les 30 et 31 mars 1999. Écrit daté du 02 juillet 1999 par Régis Ambroise, Ingénieur agronome, Bureau des paysages, Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement. (le texte complet est disponible, si intérêt, le demander à VueEnVert)

Paysage et agriculture au XIXe siècle

En 1787, (.), l'agronome anglais Arthur Young s'engage dans un périple à travers toutes les régions françaises. Il écrit son journal et quand il parle de la campagne, ce n'est que pour en montrer la pauvreté, la désolation voire l'arriération. Comme d'autres observateurs de l'époque, il conseille de profondes réformes politiques, économiques et sociales qui vont être reprises lors de la révolution. En effet, des agronomes formés à l'art des jardins tels Jean-François Rozier, René-Louis de Girardin ou François de Neufchâteau qui devint, en l'an VII, Ministre de l'Agriculture, de l'Intérieur et des Arts, lancèrent de vastes réformes dont le mot d'ordre politique est : "la terre aux paysans". Le mot d'ordre technique est : "développer la production" grâce notamment à la suppression de la jachère permise par le développement de l'élevage et des plantes sarclées et à la mise en valeur des landes et des marais. Parallèlement au projet social et économique, se développe une pensée paysagère agronomique, déjà ébauchée par Olivier de Serres - l'agriculture le premier des arts - qui s'exprime dans les traités et dans les directives administratives : l'harmonie des paysages doit refléter l'harmonie sociale (.).

Une politique explicite d'incitation aux plantations de haies, aux "enclosures", à l'empierrage des cours d'eau, aux défrichements... contribua à transformer le territoire. La prairie devient une composante essentielle des paysages ruraux (.). Parallèlement, le pouvoir encouragea des actions d'embellissement du pays telles que les plantations d'arbres le long des routes et des canaux, la création de promenades dans les villes et dans les bourgs, la multiplication d'arbres d'ornement et de jardins botaniques. (.).

Après la révolution, il fallut du temps, il y eut des résistances, notamment contre la disparition des communaux, (...). Mais ce qui peut caractériser cette époque, c'est la convergence relative entre une nouvelle organisation économique et sociale et un projet paysager assez clairement défini dans lequel s'est finalement reconnu une bonne partie de la société. (.)Les résultats en sont ces paysages extrêmement variés, diversifiés, sophistiqués qui ont donné à la France la réputation d'être le jardin de l'Europe, (.).

Paysage et agriculture depuis 1950

Durant les quarante dernières années, la question du paysage n'a plus fait partie des réflexions en agriculture. De façon schématique on pourrait dire, qu'à part quelques individualités, plus personne ne défendait une pensée paysagère agronomique. Dans les grands textes qui vont orienter l'agriculture d'après guerre, comme le traité de Rome, le paysage n'est pas mentionné, le rôle des agriculteurs consiste à produire pour rendre le pays indépendant du point de vue alimentaire puis pour conquérir des marchés et participer à la guerre économique.

Le paysage se modifie mais il ne devient que la simple résultante de logiques économiques fondées sur les concepts de spécialisation, de concentration, de zonage, d'industrialisation. Il aurait fallu un hasard très surprenant pour qu'une telle évolution débouche sur des paysages contemporains de qualité, reconnus comme tels par le reste de la société, alors que cette qualité n'était pas intégrée aux objectifs fixés.

 

Sur le territoire cela s'est traduit par :

- une simplification du paysage par agrandissement des parcelles et réduction des rotations, dans les zones les plus riches,
- l'élimination de nombreuses structures paysagères (arbres isolés, alignements, haies, talus, murs, bosquets, canaux...) qui participaient à l'identité des régions,
- la suppression des chemins qui permettaient la fréquentation du paysage à l'allure du piéton,
- la fermeture des points de vue et l'encerclement des hameaux par les plantations ou la friche dans les zones en déprise,
- la multiplication de bâtiments agricoles de type industriel dont on peut dire, de façon encore brutale, qu'ils n'ont pas bénéficié d'une grande attention concernant la qualité architecturale.
Durant toute cette époque de course aux rendements, des voix se sont fait entendre pour critiquer ce qui était perçu comme une véritable dégradation du paysage; des conflits ont eu lieu entre agriculteurs eux-mêmes, entre agriculteurs et administrations, entre agriculteurs et non agriculteurs, notamment sur la question des remembrements. (.)
La question du paysage, aussi mal posée, ne pouvait mener qu'à des impasses et aux mêmes blocages psychologiques que l'on retrouvait, par exemple, dans le monde de l'urbanisme, des ponts et chaussées, des réseaux, où s'opposaient d'un côté les aménageurs, de l'autre et sur la défensive le monde des protecteurs de l'environnement, de la culture, des paysages. Quelques idées ont permis de déplacer la question :
Les paysages ruraux que l'on protège sont l'expression d'anciens projets. Tout d'abord, des travaux d'historiens, d'archivistes, de spécialistes du paysage ont montré que la qualité de nombreux paysages ruraux était le fruit de projets de société qui avaient su incorporer une approche paysagère pour mieux résoudre leurs problèmes. Dans les grandes périodes de remise en cause, durant les défrichements réalisés par les cisterciens au Moyen-Age, lors de la renaissance italienne ou de la révolution française, (.), la question du paysage a été intégrée aux débats portant sur les questions sociales, économiques, culturelles et à été portée à la fois par les artistes, les hommes politiques et les techniciens, notamment par les agronomes, les agriculteurs et les forestiers.
Cette remarque pose une première question : pourquoi notre époque ne serait-elle pas capable de projeter et de produire des paysages contemporains de qualité ?

Le paysage représente un capital économique, écologique et culturel.

Dans nos pays de vieille civilisation, le paysage a été transformé par le travail des hommes qui ont cherché à aménager le milieu naturel pour le rendre productif, transmissible, porteur de valeurs, d'identité. Le paysage représente ainsi un capital provenant du travail des générations précédentes. De plus en plus d'élus, de responsables de l'industrie ou des services intègrent le capital paysager dans leurs stratégies en faveur de la qualité de la vie, pour maintenir la population, attirer de nouvelles activités, favoriser le tourisme.

Se pose alors une seconde question : comment gérer ce capital sans le dilapider mais au contraire en le faisant fructifier et en rémunérant ceux qui travaillent à améliorer cette qualité ?

L'appréciation d'un paysage provient de connaissances objectives et de jugements de valeurs. Les disciplines scientifiques, les connaissances rationnelles permettent d'expliquer l'origine, l'histoire et le fonctionnement d'un paysage mais aussi la manière dont il sera perçu est fonction d'appréciations subjectives, de jugements de valeurs. La diversité des points de vue améliore la perception globale du paysage.

 

Cette dernière remarque pose directement la question : comment organiser la discussion et les négociations autour des valeurs qui sous-tendent les projets de paysages contemporains ?

Ces idées sur le paysage peuvent enrichir le débat sur l'avenir de l'agriculture qui doit trouver des solutions aux blocages économiques, écologiques et culturels auxquels elle est confrontée.

Depuis que la réforme de la politique agricole commune est devenue effective en 1992, une idée fait son chemin selon laquelle l'agriculture doit répondre à une triple fonction : production d'aliments et de matières premières, gestion de l'environnement, aménagement du milieu rural. Dans ce contexte, le paysage fait partie à nouveau des enjeux concernant l'avenir de l'agriculture. Des études, des travaux, commandités dans le cadre des mesures agri-environnementales initiées par Bruxelles vont faire évoluer les idées même s'ils concernent encore plutôt la protection de milieux ou de paysages remarquables et s'intéressent moins aux espaces ordinaires.

En France, avec le projet de loi d'orientation agricole et les Contrats Territoriaux d'Exploitation, une des ambitions affichées est que l'ensemble du territoire agricole soit concerné par la question du paysage. L'expérience des plans de développement durable menée entre 1993 et 1998 par des agriculteurs et des Lycées agricoles apporte quelques éléments pour alimenter le débat sur l'avenir des paysages. L'idée principale qui ressort du bilan de cette opération est sans doute que le paysage constitue pour les agriculteurs un atout et non pas une contrainte. (.)

- Atout pour améliorer les réponses agronomiques. De ce point de vue, l'insistance des paysagistes à parler de l'arbre, de l'eau visible, de la pierre a progressivement incité les agriculteurs et leurs conseillers à s'intéresser à ces éléments qu'ils ne voyaient plus. Dans le cadre d'une agriculture durable plus économe, plus autonome par rapport aux énergies non renouvelables, moins polluante et ouverte sur les nouvelles demandes de la société, ces éléments retrouvent une place nécessaire dans les systèmes de production.

- Atout pour mobiliser les agriculteurs sur une idée de projet. Quand on replace la question du paysage de façon dynamique comme une composante du nouveau contrat que l'agriculture va devoir passer avec la société surgissent des envies, des actions, une émulation. Il faut que l'agriculture définisse son propre projet sur le paysage et qu'elle le soumette au reste de la société. Les différences de points de vue entre agriculteurs, ruraux, citadins pourront alors devenir des éléments de discussion pour améliorer la qualité technique et esthétique des projets et leur reconnaissance par le plus grand nombre.

La place de la prairie et des troupeaux dans le paysage

Lorsque des paysagistes ont travaillé avec des conseillers agricoles et des agriculteurs pour réaliser des diagnostics agri-environnementaux, une partie de leurs remarques s'attachait à des éléments traditionnellement étudiés comme des facteurs de production : herbe et troupeaux.

 

Les prairies, dans les zones d'élevage, sont étudiées par les agronomes en fonction de leur qualité fourragère et par les paysagistes du point de vue de la couleur, de leur richesse en fleurs, de la lumière qu'elles apportent dans les régions en déprise quand la friche ou les résineux assombrissent le paysage. Ils présentent et commentent les effets plastiques offerts par toute la typologie des différentes prairies : le vert fluorescent des prairies artificielles trop chargées en azote, les prairies humides des bas-fond avec leur flore spécifique, l'espace indéfini des prés salés, les grasses prairies des régions de bocage enfermées dans une série de cellules isolées les unes des autres, les prairies sèches des grands Causses ou des planèzes du Massif Central qui rappellent les steppes quand elles sont balayées par le vent, la douceur du regain de montagne à la fin de l'été.

Les troupeaux sont analysés par les zootechniciens du point de vue de la production de lait ou de viande, les paysagistes eux insistent sur l'animation que les animaux apportent dans les paysages, l'image donnée, vivante et paisible, la diversité des races caractéristique des identités régionales. Ils relèvent également la façon dont certains éleveurs parlent de leurs troupeaux, l'amour qu'ils portent à leurs animaux et la fierté qu'ils ont de leur travail.

 

Ces commentaires différents sur des objets communs incitent à travailler de façon plus fine et plus concrète sur la relation entre qualité des produits, qualité des paysages, confort des animaux. Le point de vue des paysagistes renforce le courant de ceux qui cherchent à différencier les productions à l'herbe par rapport aux productions hors-sol ou fortement dépendantes en intrants : engrais, traitements ou aliments.

Après la crise de la vache folle, les campagnes de communication pour redonner confiance aux consommateurs ont largement joué sur ce registre puisque toutes les images présentées montraient des animaux dans des herbages de moyenne montagne. Or dans bien des cas, il s'agit d'une publicité mensongère qui peut se retourner contre l'agriculture toute entière quand le public observe dans les paysages de certaines régions des modes d'élevage et des bâtiments qui concentrent les troupeaux et qui génèrent pollutions des eaux et pollutions visuelles. Les trop grandes plaques de terres nues en hiver avant les semis de maïs qui ferment les paysages routiers dès l'été n'illustrent pas l'idée d'une agriculture moderne en harmonie avec la nature.

Faire correspondre les images à la réalité devient un véritable enjeu économique du point de vue de la production agricole.

Entre les cahiers des charges concernant la qualité des produits du type label, AOC, bio et ceux concernant la qualité des espaces, des paysages, de l'environnement, du type des mesures agri-environnementales ou des futurs CTE, des plages communes existent qu'il faut chercher à étendre de façon à rendre ces modes d'élevage plus attractifs pour les agriculteurs et à redonner confiance aux consommateurs. Le cahier des charges du fromage Beaufort inclut un critère d'autonomie alimentaire pour d'une part garantir une alimentation à base de fourrage de montagne et pour inciter les éleveurs à continuer à entretenir les prairies en pente. Parallèlement le cahier des charges des mesures agri-environnementales soutient également les agriculteurs qui fauchent ces terres en pente, particulièrement sensibles visuellement et en terme de risques naturels. Cet exemple, encore trop isolé même au niveau des régions d'AOC, montre de façon très concrète comment la liaison entre produit et paysage peut trouver une transcription réglementaire positive pour les agriculteurs et les consommateurs de fromage et de paysage.

L'arbre, l'eau, la pierre.

(.) Murets, terrasses, talus, rigoles, clôtures, lisières, bandes enherbées, haies, rivières, chemins, zones tampons, jouent des rôles à la fois techniques et visuels.

La mosaïque du terroir et sa texture qui est la résultante de la taille des parcelles, de la nature des cultures et des herbages, des saisons, des travaux réalisés. La répartition des couleurs, leur succession, leur diversité, le soin apporté à l'entretien des parcelles donnent une image à partir de laquelle se fabriqueront des appréciations, des points de vue sur telle ou telle région.

Par rapport à ces volumes, limites, couleurs qui participent de la composition des paysages, trois éléments sont souvent négligés dans la réflexion agronomique alors que leur rôle paysager est fondamental mais également leur rôle agronomique, notamment quand on cherche à développer une agriculture durable. Il s'agit de l'arbre, de l'eau et de la pierre.

L'arbre sous ses différentes formes : isolé, en alignement, haie, bosquet, verger, pré-bois, forêt pâturée ; sa présence a été chaque fois relevée comme un élément structurant le paysage, l'identifiant. Sa présence peut redevenir un atout dans les systèmes d'élevage durable.

- L'arbre isolé (ou le bosquet) : point focal d'un paysage de grande culture ou au milieu d'une prairie, arbre signal, arbre refuge ou abri, il renforce par contraste l'impression de lumière donnée par les champs ou les prés. Son importance est sans commune mesure avec la place réduite qu'il occupe dans l'espace, importance écologique, importance visuelle, importance pour le bétail.

- Les prés-vergers : sorte de "salons de nature" recouverts d'un tapis vert où les troncs dégagés supportent un plafond de feuillage d'où pendent au printemps des branches couvertes de fleurs. Ils constituent des images de références régionales : pommiers du pays d'Auge, mirabelliers de Lorraine, noyers de Corrèze, châtaigniers dans les Cévennes. L'analyse des résultats de fermes de références montrent que les agriculteurs qui, à contre courant des anciens modèles de développement fondés sur la spécialisation, ont maintenu ou modernisé ces systèmes complexes produisant à la fois de l'herbe et des fruits ont fait un bon choix économique.

- Les haies : elles sont taillées bas dans le Morvan avec juste quelques bosquets pour permettre au bétail de s'abriter, elles rendent lisibles les propriétés, structurent tout l'espace en lui donnant de la profondeur. Dans le Boischaut, laissées hautes, elles protègent ou enferment selon la perception que l'on en a. Les haies taillées en ragosse du bocage rennais présentent des silhouettes squelettiques qui donnent, surtout en hiver, une certaine transparence que l'on ne retrouve pas dans les clos-masures du pays de Caux entourés d'immenses et magnifiques haies de hêtres plantées pour protéger des regards et du vent. La haie est un excellent exemple de la notion de multifonctionalité agronomique, énergétique, écologique, cynégétique, hydraulique, paysagère. Il faut réintégrer la haie dans le champ de la connaissance de ceux qui travaillent sur la prairie.

- Les alignements : rescapés des abattages le long des routes ou des chemins menant aux fermes, ils constituent une forme paysagère rappelant les allées de châteaux et les jardins à la française. Espaces d'ombre contrastant avec la lumière extérieure, ils mettent en scène le paysage par la succession de fenêtres ouvertes entre les troncs régulièrement dégagés. Le type de taille, les essences utilisées permettent d'identifier chaque région. Ces arbres correspondent à un projet paysager et technique défini au niveau central à partir de François 1er qui s'est progressivement imposé à l'ensemble du pays. L'agriculture pour jouer pleinement son rôle en faveur des paysages peut trouver un partenariat possible auprès des responsables des routes pour améliorer la qualité des paysages routiers offerts aux habitants et aux voyageurs. Dans un même registre, il est important que les projets d'agriculteurs se soucient de maintenir une certaine ouverture physique des paysages par le maintien et l'entretien des chemins, l'adaptation de systèmes de clôtures facilitant le passage des autres utilisateurs de l'espace dans la limite des contraintes d'exploitation.

ll s'agit de donner une réalité à l'idée selon laquelle l'agriculteur est créateur et gestionnaire du paysage complémentairement à sa fonction essentielle de producteur.

- Les pré-bois et les forêts pâturées offrent des lisières douces et des transparences qui peuvent contribuer à des paysages remarquables comme ceux du Haut-Jura, du Vercors et de nombreuses régions de montagne encore entretenues. Entre les espaces agricoles de lumière et les espaces forestiers d'ombre, la rupture si fréquente fait place à une transition servant d'appel pour aller d'un milieu vers l'autre, témoignant des interrelations entre agriculteurs et forestiers. Ces ambiances particulières sont extrêmement appréciées et ont favorisé le développement du tourisme, notamment du ski de fond, tout en permettant de limiter les risques naturels d'érosion, d'incendies ou d'avalanches. L'agroforesterie est une forme moderne d'agriculture qui adaptée à l'élevage peut participer à la création de paysages contemporains de haute qualité, durables du point de vue économique.  


L'eau, source de vie pour les plantes, les animaux, les hommes est également source d'énergie, voire de liaison entre régions et pays ; elle peut être source de loisirs, elle contribue à la qualité des paysages et aux plaisirs des sens à travers ruisseaux, canaux, mares, étangs, lacs ou rivières. Pour que puissent se développer toutes ces fonctions, il faut drainer, irriguer, stocker, distribuer, aménager. Mais surtout il ne faut pas réduire la question de l'eau à un simple problème de tuyaux, de volume, de débit ou de taux d'azote. Préserver l'ensemble des fonctions de l'eau nécessite une action concertée de l'ensemble des acteurs concernés : collectivités, agriculteurs, associations de pêcheurs et de défense de l'environnement, habitants... Pour l'agronome et l'agriculteur cette approche peut remettre en cause un certain nombre de pratiques qui se sont développées ces dernières années : le recours systématique au busage, à la couverture des fossés, à l'assèchement des mares, au drainage enterré, à la rectification des cours d'eau, à l'irrigation..., par contre, elle élargit le champ de ses recherches et expérimentations. Elle accroît également les possibilités de bénéficier du concours technique ou financier de nouveaux partenaires.

La pierre souligne souvent la partie la plus architecturée du paysage : pierriers, murets, terrasses, soutènements de routes, de chemins, de cours d'eau, murs et couvertures de bâtiments traditionnels donnent une ambiance particulière à chaque région en fonction des techniques d'agencement et de la nature géologique de la roche, granitique, calcaire ou schisteuse. Le regard porté par les paysagistes sur la pierre comme élément structurant d'un paysage permet de remettre en cause une approche agronomique trop réductrice qui aurait tendance à ne considérer la pierre que dans son aspect négatif quand elle gène le travail du sol ou le passage des engins et qui sous estimerait son rôle par rapport à l'érosion, au drainage, au bâti.

Là encore une orientation est donnée pour des travaux en commun entre agriculteurs, agronomes et paysagistes. L'exemple des paysages de terrasses construits pour des cultures puis abandonnés est de ce point de vue instructif. Lorsque les projets de reprise de ces terres pour l'élevage font abstraction de la spécificité terrasse et proposent des systèmes d'aménagement de versants classiques, ils risquent d'aggraver les problèmes d'érosion. Il s'agit d'une erreur agronomique autant que d'un manque de sensibilité à une réalité paysagère qu'il convient de faire évoluer.

Un projet d'agriculture, un projet de paysage.

Au delà des avantages que les agriculteurs peuvent y trouver pour eux-mêmes, c'est l'ensemble de l'économie d'une région qui est concernée par la qualité de l'environnement et des paysages. Cela nécessite un partenariat, des discussions, la prise en compte de plusieurs points de vue. La question du paysage, à la limite, sur les bords, à la lisière de chaque approche sectorielle constitue finalement un excellent médium pour faire se rencontrer tous ceux qui agissent ou profitent du même territoire et pour tenter de définir ensemble un projet contemporain de développement de cet espace commun. L'agriculture pour participer à ce débat doit définir son propre projet capable de répondre aux enjeux de notre époque, le rendre visible, le montrer en réel ou en image comme l'expression d'une nouvelle culture agronomique du paysage. La prairie avec l'élevage de plein air, ses arbres associés, ses aménagements liés à l'eau et à la pierre est au cour de toutes les expériences menées ces dernières années en faveur d'une agriculture durable.

Ce projet d'agriculture entre en résonance avec des projet de paysage qui ne sont ni nostalgiques, ni de simples décors sans lien aux territoires. (.) Régis Ambroise, Juillet 1999

Références bibliographiques :

  • "Paysage et plans de développement durable : premier bilan des travaux réalisés en 1993", rapport disponible à l'ANDA, 2A, avenue de Villiers, 75017, Paris.
  • "Paysage, textes et représentations du siècle des lumières à nos jours", Yves Luginbühl, éd. La Manufacture.
  • "Paysage paysages", Jean Cabanel, éd. de Honza.
  • "La découverte des paysages de la révolution à l'Europe, Limousin", cartes IGF.
  • "France, terre de paysages", Raymond Sauvaire, Jean Cabanel éd. Hazan.
  • "Paysages de terrasses", Régis Ambroise, Pierre Frapa, Sébastien Giorgis, éd. Edisud,
  • "Paysages de marais", sous la direction de Pierre Donadieu, éd. de Monza.

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